Suivez-nous    

Le loup : un allié dans la lutte contre la tique d'hiver de l'orignal

J'aime les orignaux. Par le fait même, j'aime les loups. Mon amour pour le prédateur et sa proie n'est pas contradictoire, puisque le loup protège et garde l'orignal. À l’aube de changements climatiques sans précédent, la présence de cet étrange berger s'avère plus que jamais nécessaire, car déjà, nos hivers plus courts favorisent la propagation de parasites menaçant la santé et la survie du roi de nos forêts. J'explique pourquoi et comment dans cette chronique.

Renard
Ours noir
 
 
 
 
 

Lequel de ces deux orignaux le chasseur choisirait-il? Lequel de ces deux orignaux le loup choisirait-il?

La réponse est simple : l’homme prendrait l’orignal en santé, gros et gras, avec un beau panache comme trophée. Par contre, le loup verrait dans l’orignal en piteux état, amaigri et moribond, une capture comportant peu de risques. (L’orignal adulte en santé peut tuer un loup d’un seul coup de patte!)

En éliminant l’orignal couvert de tiques avant le printemps, saison de reproduction de ces parasites, les loups stoppent le cycle infernal des acariens car ceux-ci ne peuvent survivre à l’hiver sans leur hôte.  La prédation du loup représente donc le seul obstacle naturel à la propagation de l’épidémie de tiques d’hiver qui affaiblit et tue de nombreux orignaux au Québec. 

Au cours des automnes 2012, 2013 et 2014, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) a effectué l'échantillonnage de tiques sur les orignaux abattus par les chasseurs. Le tableau ci-dessus1, publié sur le site du ministère, est très révélateur quant à la répartition des orignaux parasités par la tique d'hiver. Les points verts montrent les zones sans tiques; les points rouges, les zones infestés de tiques. Or, les régions où les orignaux sont les plus affectés correspondent à celles d’où les loups ont été exterminés depuis plus de cent ans. Au nord du Saint-Laurent, chaque loup trappé ou tué, chaque meute décimée prive l’orignal de l’un de ses meilleurs alliés et la transmission de tiques progresse. La protection de l’orignal passe obligatoirement par la protection du loup.

Sur son site, le ministère se contente de pointer du doigt le réchauffement climatique et la forte densité d’orignaux au Québec. Conscient qu’il faut réduire la taille du cheptel pour enrayer la propagation de tiques d’hiver, il ne fait nullement mention du loup comme agent de lutte contre les parasites, les maladies et les surpopulations de cervidés. Les puissants lobbies des chasseurs et des trappeurs prônent plutôt le trappage et le contrôle des loups pour augmenter les populations d’orignaux, une politique qui va à l’encontre du gros bon sens. 

L’effet loup

Le loup maintient la santé des populations d’ongulés en prélevant les sujets malades, blessés ou victimes d’une infestation de parasites comme la tique d’hiver. Or, le principal facteur amenant les maladies et l’accroissement de parasites chez une espèce est la surpopulation. Rien d’étonnant à ce que la prédation du loup contribue d’abord et avant tout à empêcher le surpeuplement de cervidés dans un habitat. Pour ce faire, ce prédateur opportuniste capture aussi des sujets « en santé » afin de réguler le nombre d’orignaux, de wapitis, de bisons, de castors, etc. Les spécialistes du loup s’entendent pour dire qu’une traque sur dix se conclut par l’abattage d’une proie.

 

Les gens considérant le loup comme un prédateur nuisible ignorent qu’il est en fait une espèce clé de l’écosystème. En voici un bel exemple : quand les loups ont été réintroduits dans le célèbre parc national de Yellowstone, aux États-Unis2, ils ont accompli une chose incroyable pour l’ensemble du territoire! Après une absence de soixante-dix ans (ils avaient été exterminés par l’homme), les loups se sont nourris des cervidés devenus trop nombreux dans le parc. Le retour du super prédateur a entraîné une cascade d’évènements positifs, dont certains ont influencé le paysage du parc! En effet, les loups ont été capables de restaurer le territoire dégradé par le broutage excessif des grands herbivores, simplement en jouant leur rôle d’agent régulateur. Les résultats phénoménaux du retour du loup dans le plus vieux parc national au monde ont dépassé les attentes des biologistes!

 

 

Le Canada fait piètre figure en matière de gestion de la faune. À titre d’exemples, les parcs nationaux du Gros-Morne et Terra-Nova, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, font face à une surpopulation d’orignaux qui nuit à la végétation. Parcs Canada a créé un dangereux précédent en permettant la chasse à l’orignal dans ses deux parcs afin de « limiter les dégâts ». Les résultats positifs se font attendre, car les chasseurs n’ont pas accès aux secteurs reculés des parcs. Je rappelle que l’orignal a été introduit sur l’île de Terre-Neuve, il y a un peu plus de cent ans, pour « nourrir la population humaine ». À la même époque s'y déroulait l’extinction du loup par l’homme… Je rêve du jour où l’initiative du parc national de Yellowstone sera prise en exemple par les autorités canadiennes et québécoises.

 

Gisèle Benoit

 

 

Tableaux :
 
Sauvé par les eaux  Orignal et loups
Huile sur toile © Monique Benoit 
 
La poursuite  Loups et cerf wapiti
Huile sur toile © Monique Benoit
 
Photos :
 
Orignal mâle en santé © Florent Langevin
Orignal mâle infesté de tiques © Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs
 
Références :
 
Répartition des orignaux parasités par la tique d'hiver au moment de l'échantillonnage, à l'automne 2012, 2013 et 2014.
 
2 Vidéo sur la réintroduction du loup dans le parc national de Yellowstone. They Brought A Pack Of Wolves Into A Park, And The Results Shocked Everyone. This Is AMAZING.http://www.viralnovelty.com/brought-pack-wolves-park-results-shocked-everyone-amazing/
 
 

 

 

 

 

Vous contribuez directement à l'œuvre et à la mission de la famille Benoit en magasinant sur notre boutique.