Suivez-nous    

Une feuille nommée Espoir...

 

« Vous êtes las des années de vie urbaine et je vous offre quoi?...Une seule feuille verte. » Que voulait insinuer le célèbre naturaliste canadien Wa Sha Quon Asin, alias Grey Owl, en proposant comme remède aux maux modernes « une seule feuille verte »? Si cette déclaration se prête à de multiples interprétations aussi édifiantes et vraies les unes que les autres, elle résume bien l’idée voulant que la nature soit infiniment grande dans les petites choses, à tel point que l’observateur avisé verra, dans un de ses fragments anodins, une dimension universelle englobant tous les règnes, tous les temps et, plus étonnant, tous les espoirs. Oui, la feuille verte offerte par Grey Owl symbolise l’espoir, et quand bien même une seule resterait accrochée à l’arbre porteur, il ne faudrait point désespérer du climat morose de notre monde contraint aux changements.

Feuille remède, verte d’espoir en laquelle s’est incarné l’infini… Comment accueillir une offrande si puissante et vertueuse? Comment en récolter les bienfaits? Dans mon texte La leçon de Darwin, je faisais l’éloge de l’observation de la nature en tant que clé principale de la Connaissance. Souvent, je souligne l’urgence de renouer des liens avec la vie sauvage sous peine de disparaître, et je prescris l’observation comme exercice à la base de notre survivance. Dans ce contexte, la feuille verte tendue par Grey Owl devient une invitation à pénétrer le cœur des grands espaces naturels, avec humilité et respect, seulement pour observer ce qui s’y passe. Pour l’homme moderne en quête d’espoir, elle se veut un appel à ouvrir les yeux et à prêter l’oreille.

L’observation de la nature peut jouer un rôle dans la recherche de solutions pour contrer les problèmes modernes, ne serait-ce que par la création de liens rendant chaque individu plus sensible à la biodiversité. Cette activité est l'antithèse du sport extrême, de la performance humaine et de la compétition. En ce sens, sa valeur dépend uniquement du regard posé par l’observateur sur son sujet, et non du nombre d’espèces aperçues, du temps, de la distance et de la fréquence des observations. La personne qui sait apprécier la beauté d’une plante ou d’un paysage retirera autant de bienfaits et de plaisir que celle qui croise un oiseau rare sur sa route. L’observation de toute chose naturelle – une seule feuille verte par exemple – nécessite un regard profond qui fixe la mémoire. Saviez-vous que l’on peut croiser des animaux sauvages et des oiseaux sur un sentier sans en rencontrer un seul? Ou traverser une forêt constituée de milliers d’arbres sans en remarquer un seul? C’est pourtant ce qui se produit fréquemment, car voir et rencontrer sont deux expériences passablement différentes. Le second terme implique un niveau supérieur d’ouverture du cœur et de l’esprit, un désir sincère de connaître et de communiquer au-delà des barrières dressées entre les espèces par notre culture, nos religions et la science.

À notre époque, l’observation de la nature s’inscrit dans une démarche de rencontre où se recréent des liens perdus, indispensables à notre survie. Il s’agit d’un acte d’humilité et de contemplation, d’une quête quasiment spirituelle. Toutes les invitations mènent à une rencontre, y compris celle donnée par une seule feuille verte nommée Espoir….

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Feuilles d’érables - © Sylvain Langevin – SAS Nature
Feuillage d’érable et de hêtre © Sylvain Langevin – SAS Nature

Vous contribuez directement à l'œuvre et à la mission de la famille Benoit en magasinant sur notre boutique.